À chaud

Qui de nous deux s'évanouira le premier ? Le temps court, et pourtant, dans nos cycles continuels, on se retrouve sans cesse. Pour se séparer aussitôt. Où vas-tu comme ça, de tes pas légers – et ton ombre, et ton ombre hideuse, et la mienne ?

Nos corps et nos cœurs crient pour se retrouver ; nos esprits voudraient en faire un possible, une éventualité ; mais quelque chose, au fond de nous, hurle encore plus fort… Une blessure à l’âme, un paysage partagé dont les ombres crépusculaires sont grouillantes et éventrées.

Il y a dans notre complicité une souffrance qui ne se dit pas. Un gouffre sanglant et millénaire, une spirale amère ; et ce rayon de lumière qui refuse de naître. Où que nous nous trouvions dans notre traversée de l’espace et du temps, il y a entre nous cette fosse et ce fossé. Un précipice aux profondeurs insondables, peut-être même sans fond ; un puits à aube dans lequel gravitent nos trous noirs.

Tout nous y attire : notre goût du frisson ; nos aspirations à retrouver, jusques aux origines, le souffle de nos premiers commencements, de nos néants ; et les fantômes sans visage qui voudraient nous voir marcher à leurs côtés. Une fois happés, engloutis, toutes nos promesses prendraient corps dans la fusion délicieuse de nos flux. Nous pourrions être les dividus de la création, revivre en nous les mythes fondateurs – et l’Eden, et la Pomme. Mais nous serions aussi le péché de l’Homme indécis, son égarement ; et la dévoration primordiale, et les tarisseurs de Sources.

Alors quelque chose en nous appelle, hurle, martèle les pourtours de l’ego pour nous garder de ce mal. Même dans notre douleur, même dans nos désirs exquis de néant et de mort, nous ne nous dissoudrons pas ; et notre Amour s’engouffrera dans chacune de nos plaies, dans chacun de nos pores, sous chacun de nos pas.

Alors peut-être, seulement peut-être, le jour où toutes les fissures se seront refermées, où les grottes ivres de nuit seront déterrées, seront lavées et seront closes, une nouvelle voie s’esquissera… Et, loin des sillons morbides et torturés, peut-être nos jeux seront-ils créateurs et libérés – libérateurs et continuellement re-créés ; et peut-être nos danses seront-elles providentielles et éclairées.

Un jour.

Peut-être.

Depuis mon enfance, j'aime écrire, dessiner, peindre et créer ; ma rencontre avec la poésie est, quant à elle, plus récente. Depuis, c'est une véritable partenaire de vie qui épouse une multiplicité de formes successives et se renouvelle sans cesse : tantôt exutoire ou partenaire d'expression, vectrice de mes odes à la joie et compagne de mes aspirations, la poésie sait m'écouter. Et si ces quelques mots n'ont pas suffi à satisfaire votre curiosité, c'est par ici que ça se passe !

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